— Voilà… Je n’ai fait aucune résistance, même lorsque j’ai été traînée dans la boue.
En cet instant les deux femmes se regardèrent, et, pour la première fois elles eurent, en même temps, l’impression qu’elles se rencontraient sur le même plan, venues de régions lointaines. Une curiosité intense, un intérêt passionné faisaient briller les regards de Madeleine. Elle insista sur son interrogation de tout à l’heure.
— Puisqu’il vous aimait, pourquoi voulait-il vous faire du mal ?
— Du mal ?… Non, il ne voulait pas m’en faire comme qui frappe, vole ou violente. Il m’a même fait du bien, du bien humain… il m’a fait princesse… il m’a assuré une fortune… Et quand il torturait ma conscience… quand il dégradait mon corps, ce n’était pas pour me faire du mal…
— Pourquoi, alors ?
— Pour assouvir son besoin de me réduire en esclavage moral… Pour… comment exprimer cela ?… pour se repaître de ma volonté.
— Comme le démon !
— Non !… Non !… le démon veut nuire, et Paul ne le voulait pas. Il voulait ployer ma nature à la sienne, et plus je lui sacrifiais de mes goûts, de ma pudeur, de ma foi, plus sa jouissance était grande et plus il m’aimait. Et le pire, c’est que son effroyable pouvoir sur moi réussissait à me faire goûter, dans mes défaites mêmes, dans mon abaissement… dans ma boue… un odieux bonheur.
Un silence…
— Cet homme est un grand pécheur, dit enfin Madeleine. Il exigeait d’une créature, contre le souverain Maître, ce que le souverain Maître a seul le droit d’exiger. Puisse-t-il n’en avoir pas eu pleine conscience !…