— Bon ! coupa brusquement le prince. Assez parlé de tout ce monde-là, que je vomis. Tu peux rester ici ?
— Tant que Votre Altesse le commandera, fit Osterrek, oubliant à cette minute de loyalisme le protocole de camaraderie.
Et, cette fois, le prince ne protesta pas.
— Alors, vieux, ne me quitte pas, fit-il. Installe-toi le plus près de moi possible. Tu as donné ton nom à l’hôtel ?
— Pourquoi pas ? Les flics de Bellevue savent que je suis ici. Le secrétaire m’attendait depuis hier à tous les trains. Mais nous sommes en terre étrangère. Et la frontière de la monarchie voisine est à vingt minutes du lac, si nous sommes expulsés.
— Expulsés ?
— Il paraît que ce n’est pas impossible.
— Qu’est-ce qu’ils y gagneraient ?
— Rien. Nous embêter.
Paul haussa les épaules. Il alla à la fenêtre regarder le lac. Il revint, le regard rasséréné, vers Osterrek, et c’était de nouveau le sourire panique qui plissait ses lèvres et ses veux. Osterrek, complice de son royal ami depuis les jours et les nuits de Paris, reconnut cet air et pressentit des confidences sur la Montarena. Le prince se rapprocha de lui et lui dit à voix contenue :