Elle questionna Stéphanie par petites questions précises, sur les circonstances et le lieu de l’accident. Stéphanie les expliqua en détail, sans trouble, comme si vraiment son cœur avait subi l’ablation de certaines fibres tendres. Penchée avec elle sur les cartes du Bradshaw, Madeleine suivit des yeux l’itinéraire que la comtesse d’Armatt avait parcouru pour venir au couvent, et celui qu’elle aurait dû parcourir pour rejoindre le blessé. Il fallait passer la frontière, couper transversalement l’est de la France, franchir les Alpes, gagner un lac, moitié suisse, moitié italien. Au nord de ce lac, et sur ses bords mêmes, une ville suisse au nom italien. C’était là.
— Le malheureux ! répéta Madeleine.
Ses yeux gris retenaient des pleurs.
— Nous prierons ensemble, répliqua Stéphanie, dont le grave visage restait sec.
Madeleine ne répondit pas. Elle réfléchissait. Puis elle se leva, jeta ses bras autour du cou de la pécheresse, et elles se tinrent longtemps enlacées.
Quand Madeleine l’eut quittée, Stéphanie ne tarda guère à se coucher et s’endormit au susurrement de ses propres prières. Elle dormit d’une traite. Elle rêva, vers le milieu de la nuit, que la porte de sa chambre s’entr’ouvrait. Un de ces divins messagers dont parle souvent l’Écriture venait la visiter, s’approchait de son lit, posait sur son front le saint baiser, puis se retirait.
Levée au petit matin, elle aperçut tout de suite sur sa table un papier soigneusement plié, mais sans enveloppe, posé sur le Bradshaw.
L’ayant ouvert, elle lut :
« Vous ne pouvez pas y aller. Alors, moi, j’y vais… »