C’est bien vrai, et voilà maintenant le fait paradoxal : ce n’est plus Madeleine qui a l’air de chercher à prolonger l’entretien, c’est Osterrek. C’est lui qui semble être passé « demandeur », comme on dit au Palais. Madeleine ne parle plus. Elle attend.

— Écoutez-moi, mademoiselle, reprend Osterrek… Vous avez l’air intelligente. Si réellement vous désirez voir Son Altesse pour une communication intéressante, il ne faut pas rendre la chose impossible… N’avez-vous pas sur vous quelque chose qui vous accrédite… de la part de la comtesse… une carte… une lettre… n’importe quoi ?

Jusqu’à l’instant où Osterrek prononce ces derniers mots, Madeleine n’a vraiment envisagé aucun moyen de s’accréditer auprès du prince : elle a buté sa volonté et sa patience, sans plus. Mais les derniers mots du comte lui suggèrent une idée, d’ailleurs empreinte de cette divine sottise que l’Évangile met au-dessus de la sapience humaine et, de plus, assez dangereuse. Elle ouvre son sac de moleskine noire et retire de sa profondeur un objet entouré de papier de soie. Elle le tend à Osterrek.

— Prenez garde, monsieur, c’est fragile.

Osterrek déplie le papier de soie.

— La comtesse d’Armatt, que je servais, me l’a donné.

C’est le bracelet-montre que Stéphanie a détaché de son poignet, quelques jours après son arrivée à la Quarantaine. Remis par Madeleine entre les mains d’un policier, il eût suffi probablement à la faire arrêter. Mais Osterrek a une bien autre finesse qu’un vulgaire policier, et justement cette témérité le convainc et le décide.

— Vous me permettez, dit-il, de montrer ceci au prince ?

— Bien sûr, monsieur… Je ne le considère pas comme à moi. Mme la comtesse me l’a donné pour les pauvres.

— Alors, prenez patience encore quelques instants. Je vais rendre compte à Son Altesse… Vous m’attendez ici ?