— Et où avez-vous laissé Mme la comtesse ?

Madeleine réfléchit un instant :

— Je le dirai au mari de Mme la comtesse.

Au tour d’Osterrek de méditer, tout en étudiant attentivement Madeleine.

— Ma Sœur, reprend-il, Son Altesse est malade, vous le savez sans doute. Un accident, une blessure… Vous comprendrez qu’il ne peut pas recevoir… (il allait dire « n’importe qui », mais il sentit confusément que l’expression n’était pas juste) recevoir… quelqu’un d’absolument inconnu, malgré son caractère… respectable. Je suis le secrétaire et l’ami de Son Altesse. Vous pouvez me parler comme à elle-même. Sinon… excusez-moi… mais nous devrons en rester là… et… peut-être mon devoir sera-t-il de vous faire interroger par qui de droit.

Comme on est fort contre les hommes, quand c’est hors des hommes qu’on prend sa force et son point d’appui ! Madeleine ne baisse pas les yeux et répond sans émotion :

— Ce que j’ai à dire, je ne le dirai qu’à Son Altesse. J’attendrai de la voir, voilà tout.

— Mais enfin, mademoiselle, s’écrie Osterrek, un peu énervé, mettez-vous à ma place. Je ne vous connais pas. Vous me dites que vous étiez avant-hier auprès de la comtesse… mais qu’elle ne vous a point mandatée… Et vous vous étonnez que je ne vous conduise pas auprès de mon maître ?

— Non, monsieur, je ne m’étonne pas.

— Je vous assure, insista Osterrek, que je n’y mets aucune mauvaise volonté.