— Le Père Spirituel du couvent… l’aumônier.
Elle se sentait toujours aussi seule, aussi dévastée ; mais un peu de courage lui revenait depuis qu’elle osait regarder le visage du blessé, le pâle visage aux sombres yeux, aux nobles traits, aux cheveux et à la barbe d’un brun cuivré. Le timbre hardi et tendre de cette voix lui causait un étrange bien-être. Autant le comte Osterrek la glaçait, autant le prince lui donnait confiance. Et, malgré le profond malaise où la dévastation de son être intérieur la mettait, malgré l’embarras de répondre, sans mentir et sans trahir, aux questions qui lui étaient posées, elle ne se sentait pas malheureuse et elle ne regrettait pas d’être là. Aucune oraison jaculatoire ne traversait plus son cerveau. Elle écoutait et elle répondait : voilà tout.
Le prince avait médité un instant sur la dernière réponse qui lui avait été faite.
— Alors, dit-il, la comtesse est devenue pieuse ?
— Elle continue pieusement sa retraite.
— Oui, dit le prince, pour lui-même. Les prêtres l’ont ressaisie. Elle est faite pour redevenir leur proie.
Madeleine ne fut pas offusquée par ces paroles d’incroyance. Au contraire, elle sentit sa propre volonté se raidir, et non plus au ciel insensible, mais à elle-même, elle dit :
« Je le sauverai tout de même. »
— Mais, reprit le prince (en se rapprochant tant qu’il put de la visiteuse), puisqu’elle ne voulait pas venir et puisqu’elle ne t’envoyait pas, pourquoi es-tu venue, toi ?