—Alors... faut-il tout te raconter?
—Bien sûr!
—Eh bien, continua-t-elle avec un baiser passionné jeté dans les boucles noires de Maurice... Alors, comme il me voyait troublée et interdite, Esquier s'est approché de moi et m'a dit: «C'est de Maurice?» Je n'ai pas songé à mentir; puis je n'aurais pas pu. J'ai dit oui, et j'ai montré ta dépêche.
—Oh! fit Maurice, pourquoi as-tu fait cela?
Moins qu'à tout autre, il eût voulu avouer sa détresse au père de Claire.
—Ne te fâche pas, mon ami aimé, reprit Mme Surgère. J'ai fait cela spontanément, et ensuite, en y songeant, il m'a semblé que j'avais bien fait. Comment partir sans avertir Esquier?... Du reste, j'avais besoin d'être conseillée, tu comprends. Et puis Esquier est si bon, il m'aime tant, il t'aime tant! À qui pouvais-je m'adresser, sinon à lui? Ne prends pas cet air méchant, interrompit-elle avec une désolation renaissante, en voyant que Maurice s'écartait d'elle... J'ai fait pour le mieux, je t'assure.
Elle allait pleurer. Maurice fut touché.
—Tu as peut-être raison, dit-il. Moi, j'aurais préféré qu'Esquier ne sût rien.
Elle se récria:
—Peux-tu penser qu'il ne savait rien? Ah!... je le connais bien, moi!... Il y a longtemps qu'il a tout deviné; lui-même me l'a dit hier... Et puis, vois-tu, même s'il n'avait rien su, il me fallait un confident, un ami, quelqu'un pour me soutenir et me dire ce que j'avais à faire... Tu sais que toute seule je ne vaux rien.. Pourquoi étais-tu loin de moi?