—Ce jeune homme, sans doute, vivant près de vous, a été frappé par votre extérieur... sympathique, par votre douceur de caractère, ma chère enfant?... Il vous a entourée, poursuivie de ses attentions...

Elle le laissait parler, acquiesçant par son silence. Ses larmes séchaient au bord des paupières.

—Sans doute, continua l'abbé, de cette voix blanche qui démonétise les mots, les émousse, les annule presque, c'est un jeune homme sans principes religieux, que la pensée de l'adultère (il pesa avec intention sur ce mot) ne ferait pas hésiter?

Elle l'interrompit vivement:

—Oh! non, mon père! ne dites pas cela... Je vous assure que le pauvre enfant n'est pas coupable!... ou du moins je le suis autant que lui... Mon Dieu! Je ne sais pas comment cela s'est fait. Je l'avais vu plus d'une fois sans prendre garde à lui. Il vivait à Cannes avec sa mère...

—Une Espagnole, n'est-ce pas? fit l'abbé. Une dame très élégante, toujours malade?

—Oui; il l'a perdue voilà bientôt deux ans: ça été pour lui le premier coup. Nous ne l'avons pas revu pendant des mois; il s'était enfui en Italie et ne voulait plus revenir. Il est revenu pourtant en février dernier, et presque tout de suite ces affreux événements sont arrivés... la faillite de la banque anglaise où son père avait de gros capitaux, le coup de revolver qu'il s'est tiré se croyant ruiné. Le jeune homme a tout appris le même jour. Il est tombé malade; nous l'avons recueilli et soigné.

—Et depuis?

—Depuis, il demeure avec nous, naturellement... ou du moins avec M. Esquier, et prend ses repas à la maison... Pauvre enfant, ajouta-t-elle attendrie au rappel de ses souvenirs, si vous l'aviez vu à ce moment-là! On ne pouvait pas ne pas en avoir pitié. Du jour au lendemain la perte du père et la ruine, à vingt-quatre ans...

—La ruine complète?