Elle parla, entrant dans son aveu par les voies les plus lointaines, comme font toutes les femmes, s'attardant aux menues circonstances, glissant sur les faits... «Vous savez, mon père, ma situation vis-à-vis de mon mari. J'ai bien souffert autrefois à cause de lui, puis j'ai pris mon parti de la séparation effective... Sa maladie l'a rendue toute naturelle. Nous vivons tranquillement l'un près de l'autre, et la présence de M. Esquier, notre ami à tous deux, amortit les chocs. Ce n'est pas, assurément, le rêve du mariage qu'une jeune fille se forme... mais c'est supportable...»

Le prêtre doucement l'empêcha de s'égarer.

—Oui, ma chère fille, je sais tout cela. Eh bien, y a-t-il quelque chose de nouveau dans votre intérieur? Est-ce que M. Surgère a changé d'attitude vis-à-vis de vous? Est-ce que...?»

Il avait soupçonné un instant l'aveu effaré d'un de ces retours offensifs qu'ont parfois les maris vers leur femme longtemps délaissée: retours plus redoutés de celles-ci que l'abandon et contre lesquels elles recourent tout d'abord à leurs alliés naturels, le prêtre et le médecin.

Mme Surgère le comprit.

—Oh! non... fit-elle. Grâce à Dieu, non!... Elle chercha à reprendre ses confidences, puis, ne trouvant plus, elle se résolut brusquement et, rejetant sa figure dans ses mains:

—C'est, dit-elle... c'est Maurice Artoy, le jeune homme dont je vous ai parlé... le fils de l'ancien associé de mon mari, qui habite le pavillon maintenant...

Le prêtre pensa:

«J'avais raison d'abord, décidément.»

Et pour aider l'aveu, il dit tout haut, avec des pauses, avec cette recherche d'expression où les prêtres excellent: