Ils s'étaient jetés sur des chaises, à l'écart l'un de l'autre, accablés de lassitude, dégoûtés de se mouvoir et de vivre. C'était fini, maintenant, l'épreuve était consommée: ils ne cherchaient plus à se tromper eux-mêmes. Dans cette chambre où, moins de trois semaines auparavant, ils étaient entrés palpitants de l'émoi de s'être enfin rejoints, ils revenaient désabusés et désespérés, las de lutter contre la destinée.
Maurice pensait:
«Si Julie demeure, nous n'aurons plus la force d'endurer des journées comme celle-ci. Mais rester seul, recommencer l'affreuse quinzaine de Hombourg, avec cette souffrance en plus de la savoir arrachée de moi, perdue... Oh! je ne pourrai pas, je ne pourrai pas!»
Il se retourna vers le passé.
«Tout cela est venu par ma faute. J'ai cru qu'on pouvait garder le cœur de deux femmes, sans les faire souffrir et sans souffrir soi-même. Voici le châtiment.»
En ce moment où tout lui semblait meilleur que l'incertitude, combien il eût souhaité être enchaîné par l'irrévocable! Pourquoi la lettre d'Esquier, ce matin, n'avait-elle pas apporté la nouvelle du mariage de Claire? «Que n'ai-je encore dit à Julie, ces deux fois où la pensée m'en est venue: Je t'épouserai! Si j'avais eu ce courage, j'aurais rompu l'exorcisme; l'avenir serait terne, mais assuré.»
Oui, un besoin le tourmentait, de se fixer, de se dire: «C'est fait, c'est irréparable.» Il releva la tête, regarda du côté où Julie était assise. Il ne distinguait qu'une vague forme d'ombre. Pleurait-elle? Il le pensa; et ces larmes versées pour lui, il désira les étancher, les sécher sous des caresses.
Il s'approcha de l'immobile silhouette. Il appuya sa joue contre la joue humide de Julie.
—Je te fais souffrir, murmura-t-il. Pardonne-moi!
Elle répondit: