—Ce n'est pas de ta faute. Tu ne m'aimes plus. Voilà tout.

Il sentit aussitôt qu'elle se trompait, qu'il l'aimait toujours. Il aurait voulu ne les avoir pas entendues, ces paroles désespérées.

—Si! je t'aime, je t'aime! fit-il avec l'effarement hâtif de conjurer un sort. Oh! pourquoi as-tu dit cela?

—Tu ne m'aimes plus, reprit-elle. Ce n'est pas la peine de continuer à nous tromper. Tu aimes une autre femme que moi. J'ai essayé de te garder, j'ai fait ce que j'ai pu. Maintenant je n'ai plus de force. Laisse-moi.

Il balbutia, essayant de toucher ses lèvres:

—Yù, ma chérie!

—Non, fit-elle tristement. Plus de tendresses, va! elles seraient forcées... C'est fini, fini. Tu ne m'aimes plus.

Elle l'écartait d'une pression lente et ferme, en disant ces mots. Maurice, pour la première fois, sentit la révolte de cette âme douce: elle n'avait plus foi en lui, ni en l'avenir. Il entrevit cet avenir, exclu des deux âmes aimées, et il lui parut la mort même. La pensée qui deux fois l'avait effleuré lui revint plus nette, plus impérieuse; il n'aurait pas su dire si elle lui venait, en ce moment, de son égoïsme désolé ou d'une pitié puissante pour le pauvre être meurtri qui pleurait près de lui.

—Écoute, Julie, fit-il. Je vois que tu ne veux pas me croire quand je te dis que je t'aime toujours, plus que personne au monde... Eh bien! écoute...

Elle se leva anxieuse, étonnée de l'entendre si ferme, si grave.