Elle voulut des détails sur la façon dont il avait été transporté à Paris.
—Nous avons reçu la dépêche avant-hier soir, répondit Esquier: comme celle que je vous ai envoyée aussitôt, elle n'expliquait rien; elle ajoutait seulement que, le malade étant transportable, on croyait préférable de le conduire à Paris, auprès de sa femme. Antoine est arrivé jeudi matin, à dix heures, avec Hélo et un jeune médecin luxembourgeois qui est immédiatement reparti.
—S'est-il aperçu de mon absence?
—Je crois qu'il ne s'est même pas aperçu de notre présence, à nous, ni de son voyage, ni de son arrivée à Paris. Armez-vous de courage, vous allez vous trouver en face d'un spectacle vraiment attristant.
Julie détourna l'entretien:
—Et Claire, demanda-t-elle, qu'en dit Daumier?
—Oh! Claire n'est pas couchée, même... elle va être sur le seuil de la maison, certainement, pour vous recevoir, tout à l'heure. Son mal n'est pas un mal classé, étiqueté, et justement pour cela, le remède est difficile à trouver. Rodin dit: «La campagne, le grand air, l'exercice.» Daumier dit: «Le mariage.» Ils ont raison tous les deux. Mais Claire ne veut pas quitter Paris: elle a des crises de nerfs dès qu'on aborde cette question... Et quant au mariage...
Il se taisait. Julie questionna, un peu gênée:
—Est-ce que M. de Rieu?...
—Oui... il est là, tous les jours. Il a été admirable pour nous. Seul à la maison, avec un moribond et une malade, vous comprenez, je n'aurais pas suffi. Il est venu matin et soir... Il a fait lui-même les démarches auprès de Rodin, qui ne soigne pas tout le monde. Et croiriez-vous qu'il a veillé Antoine avant-hier?