—Oui, fit-il à demi-voix, je suis bien inquiet.
Julie chercha des consolations; les mots ordinaires s'offrirent à sa pensée: «Claire n'est pas gravement malade; elle se remettra...» Mais elle n'osa les prononcer en face de cette grande douleur. De nouveau le silence pesa sur eux; Julie pressentit que cette fois ils étaient au bout des réticences, qu'il allait falloir s'expliquer enfin, et qu'elle-même allait livrer son plus rude combat pour défendre son amour.
Elle força son courage:
—Oh! Jean, je sais ce que vous pensez; je vois que vous ne m'aimez plus. Vous allez me détester... Pourquoi? Pourquoi cela? Vous pensez que c'est ma faute si Claire est malade!... Mais je n'ai rien fait contre Claire, moi, voyons! Je ne lui ai point pris quelqu'un qu'elle aimait! Pensez que voilà trois ans, plus de trois ans que Maurice... (Elle ne trouva pas de paroles pour achever sa phrase.) Tout existait depuis longtemps quand Claire est sortie du couvent, quand elle est venue habiter ici...
Esquier l'interrompit:
—Je vous en prie, dit-il, ayez pitié de ma petite Claire...
Leurs yeux se heurtèrent; Esquier sentit que le regard de Julie, pour ainsi dire, se murait devant le sien. Il essaya de pénétrer quand même dans cette âme close.
—Ayez pitié de nous... Vous voyez comme elle souffre, la pauvre enfant... Elle ne dit rien, elle n'accuse personne, mais elle est en train de mourir, voilà!...
—Ne dites pas ça! s'écria Julie, cachant sa figure, ce n'est pas vrai! Ce n'est qu'une crise... Elle ne mourra pas. Elle oubliera.
—Elle mourra. Avez-vous écouté Daumier, tout à l'heure?... Moi, j'étais là dans les premiers moments, quand, pris à l'improviste, il ne surveillait pas sa figure, ni ses mots. J'ai compris. C'est à la fin de tout qu'elle va, la pauvre enfant. Il faut un dernier coup comme celui qu'elle a reçu aujourd'hui... et...