Ce qui restait d'égoïsme humain dans cette âme épurée se révolta subitement à la pensée de sa détresse:

—Qu'est-ce que je deviendrai, moi, si Claire disparaît? Il n'y aura plus rien dans ma vie, rien du tout.

Julie se taisait. Elle souffrait horriblement. Elle croyait subir un de ces cauchemars où l'on s'efforce vainement de remuer, ligotté par la léthargie. Quelque chose d'elle eût voulu s'élancer au-devant des supplications d'Esquier; et elle sentait bien qu'elle n'aurait pas cet élan, qu'elle ne dirait pas cette parole, parce que, de loin, Maurice l'envoûtait toujours...

Esquier leva sur elle des yeux découragés.

—Alors, vous ne voulez pas? dit-il.

Elle répliqua:

—Je ne peux pas.

Comme il hochait la tête d'un air de doute, elle répéta:

—Je ne peux pas... Je vous assure, Jean... Ah! si je pouvais m'en aller, mourir, n'être plus rien, plus même une pensée pour Maurice! Mais vivre près de lui, près de Claire, et les voir mariés!... Non, je vous jure, on ne saurait me demander cela!... Ça me semble une chose extravagante, criminelle... Je ne le peux pas plus que... (elle chercha une comparaison)... que si l'on me disait de tuer un homme, même pour une cause juste... Pourquoi secouez-vous la tête? reprit-elle, fouettée par l'envie de justifier un sentiment qu'elle sentait noble, après tout, qu'elle ne consentait pas à voir réprouver. Devant Dieu, je vous jure que je ne sais pas où est mon devoir!

Esquier répliqua: