Julie dit, la voix entrecoupée:

—Vous savez quelque chose que vous ne me dites pas... Vous avez une lettre, Maurice vous a écrit. Oui, n'est-ce pas? continua-t-elle sur un geste de Daumier. Il a écrit cela! Il a écrit qu'il ne m'aimait plus... Oh! mon Dieu, mon Dieu!

Des sanglots violents soulevaient sa poitrine. Daumier, s'approchant, vit que les larmes ne coulaient plus.

—Donnez-moi cette lettre!... Je veux cette lettre, répéta-t-elle en tendant les mains. Vous voyez bien que je suis calme... Je n'ai pas d'émotion... Il faut que je sache la vérité, vous comprenez bien. Donnez-la-moi.

«Il le faut, pensa Daumier... Pauvre femme! Il vaut mieux tout de même que je sois près d'elle quand elle va lire cela.»

—Tenez, fit-il, tendant la lettre adressée à Claire: la voici.

Julie la prit comme une proie, s'approcha de la fenêtre pour mieux voir, et se mit à lire. Daumier guettait l'inévitable défaillance.

«Pauvre femme! répéta-t-il. Pauvre âme!»

Julie lisait; elle avait achevé la première page, maintenant elle en était aux pages du milieu, et cette lecture semblait s'éterniser. Enfin, elle ne bougea plus, les yeux rivés aux dernières lignes.

Daumier s'approcha, se pencha, la regarda de près. Elle avait les pupilles immobiles, extraordinairement dilatées.