—Qu'est-ce que cela veut dire? murmura-t-il.
Il prit le papier; les doigts de Julie essayèrent un instant de le retenir, puis le lâchèrent. Il tâta les mains, les poignets, qu'il trouva frigides et comme ankylosés. Il l'assit doucement, il lui appuya le buste contre le dossier d'un fauteuil. Elle se laissa faire.
—Voyons, dit-il d'une voix qu'il s'efforçait de rendre impérieuse et réconfortante; voyons, ma pauvre amie, un peu de courage! Tout bonheur finit; il n'y a qu'à se résigner et à accepter la vie comme elle est... Quelle fin pouvait avoir une liaison comme la vôtre? Prenez l'initiative de la rupture, ce sera moins humiliant et vous souffrirez moins.
Julie ne répondait pas. Elle ne regardait même pas le médecin. Seulement ses lèvres remuaient et une larme unique coulait, très lentement, le long de sa joue. Subitement elle eut un éclat de rire sec et crispa ses mains sur sa poitrine.
«Diable!» murmura Daumier.
Il dégrafa le haut du col, puis les premières agrafes du corset...
La gorge adorable, juvénilement délicate et ferme, lui apparut. Et le médecin pensa: «Comme elle est jeune encore! Les années n'ont pas détruit cet admirable instrument d'amour... Alors, avais-je le droit?»
Une expression de souffrance répandue sur ses traits, Julie s'agitait dans le fauteuil, respirait avec effort. Des syllabes confuses tombaient de ses lèvres, sans lien apparent... «Ma chambre... ma chambre de là-bas... Maurice... mon aimé!»
Daumier acheva d'ôter le corset. Elle respira mieux. De temps en temps, elle était secouée par un accès de rire, et tout de suite elle disait: «Oh! que j'ai mal... mon aimé!...» Quelques mots lui vinrent, que le docteur ne comprit pas, des mots de patois corse enseignés par Tonia, dans sa toute petite enfance, oubliés depuis longtemps, et qui maintenant surgissaient dans ce lamentable bouleversement de sa conscience et de sa mémoire.