Elle fixa sur l'enfant des yeux pleins de tendresse. Lui, posa sa joue sur le genou ployé de Julie. Voici que, seul à seule, comme ils étaient là, le désir le tourmentait moins.

—Il faut m'aimer, murmura-t-il. Il faut n'être à personne au monde qu'à moi. Parce que, moi, je n'ai que vous!

Elle prit ce front chéri dans ses mains; elle le souleva vers elle, vers sa bouche. Elle avait oublié le bal et le monde. Les résonances douloureuses, de la voix du jeune homme avaient chaviré son faible cœur. Nulle force, à ce moment, ne l'eût empêchée de l'attirer à elle et de lui répondre:

—Pourquoi me dire de vous aimer? Est-ce que j'aime autre chose au monde que vous? Je vous adore!

Il sentit sur ses tempes la fraîcheur des bras de Julie, sur son front la brûlure de sa bouche. Et alors, grisé, il se releva à demi, il renversa sur le dossier du fauteuil l'amie effarée et muette, il roula ses lèvres sur le col, sur les épaules, sur la gorge houleuse. Elle ne résistait pas, vraiment pitoyable en sa faiblesse. Il eut alors conscience qu'il abusait d'un effarement et d'un effroi; il se maîtrisa d'un coup de volonté. Il reprit sa posture humble de l'instant d'avant; il baisa la main inerte qui pendait près de ses lèvres:

—Pardonnez-moi, murmura-t-il.

Elle répliqua, la voix entrecoupée:

—Que nous sommes imprudents!... Mon Dieu!... mon Dieu!...

Et doucement, comme l'on prie, elle ajouta:

—Laissez-moi, Maurice, retournez dans le salon.