—Pardon, fit-il, je suis méchant, je ne sais pas bien vous aimer. Ne pleurez pas, de grâce, ne vous laissez pas voir avec des larmes
dans les yeux; on nous observe déjà. Donnez-moi votre bras.
Elle le lui donna, en ouvrant largement son éventail pour cacher sa rougeur. Ils traversèrent assez vite les deux grands salons: dans le second, les joueurs étaient déjà réunis autour des abat-jour. Une portière séparait ce salon du boudoir mousse. Lorsqu'ils y entrèrent, ils n'y virent qu'un monsieur en train de rajuster sa cravate, et qui disparut aussitôt.
—Dieu! qu'il fait bon ici! s'écria Julie en s'asseyant.
La tiédeur de cette chambre doucement chauffée leur paraissait fraîche au sortir des salles où l'on dansait. Maurice s'assit sur un pouf, aux pieds de son amie. Il la regarda en silence; mais ce regard fixe, volontaire, la troublait.
—Pourquoi me regardez-vous ainsi? murmura-t-elle, essayant de rire.
Il répondit gravement:
—Parce que vous êtes belle... Il me semble que je vous vois aujourd'hui pour la première fois.
Des bruits d'orchestre, affaiblis par la distance, amortis par les tentures, venaient jusqu'à eux, en même temps que les propos des joueurs dans la pièce voisine. Julie se sentit désarmée, vaincue par le besoin d'entendre cette voix lui dire qu'elle était belle, qu'elle était aimée.