—Vous savez que Mme Surgère n'est pas là? dit-elle.

—Je sais, et ce n'est pas elle que je venais voir.

—C'est moi, alors? questionna Claire en souriant.

Il répondit sérieusement:

—Oui, c'est vous.

Aujourd'hui il lui fallait approcher son cœur du cœur de la jeune fille. Si las des paroles polies qu'ils échangeaient d'ordinaire, il voulait savoir ce que contenait d'affection pour lui ce cœur innocent. Bien loin de souhaiter les vaines caresses d'autrefois, il aurait voulu qu'elle se confiât tendrement, qu'elle lui parlât, l'âme ouverte, comme à un grand frère affectueux.

Elle, qui le voyait, cette fois, plus troublé encore que de coutume, rougit un peu, tandis qu'elle balbutiait, essayant d'être gaie.

—Vous êtes gentil pour moi. Je ne vous reconnais plus.

Mais lui la regardait bien en face, bien dans les yeux, et, s'approchant d'elle, il lui prit les deux mains. Entre eux, pensait-il, il ne s'agissait pas de dissimulation sentimentale, de précaution mondaine masquant les penchants du cœur. Ils avaient été enfants ensemble, ils se connaissaient bien. Maurice dit sa pensée tout haut, comme s'il se parlait à lui-même; et Claire n'en fut point surprise.

—Quand je pense, dit-il en souriant, quand je pense que cette grande jeune fille que voilà a été ma petite amie autrefois, ma petite passion, alors qu'elle était une pensionnaire de quinze ans, maigre et gauche! À quinze ans, elle-même était si occupée de son ami Maurice qu'elle écrivait son nom, avec des points d'exclamation, au revers des images de son paroissien; ne dites pas non, Claire, j'ai surpris ce paroissien, un dimanche, à Cannes! Il a passé trois ans seulement. Nous nous retrouvons; la pensionnaire est devenue jeune fille très belle, mais elle n'aime plus du tout son ancien ami.