L'abbé demanda d'un air indifférent:

—Mais M. Surgère n'est pas seul... Il a bien un associé, n'est-ce pas? Ce monsieur très grand que j'ai eu l'honneur d'avoir à côté de moi, à votre table?... le père d'une charmante jeune fille, Melle Claire, je crois?...

—Oui, M. Esquier. Il suffirait parfaitement à mener la banque tout seul, d'autant que nous avons un administrateur excellent à Luxembourg... Mais on ne peut pas faire entendre cela à mon mari, il y met de l'amour-propre et veut être là.

Le prêtre fit un «hum» prolongé qui lui était ordinaire et qui signifia clairement, cette fois: «Je sais quel homme est votre mari et qu'on ne le mène pas comme on voudrait.»

—Et Mlle Claire, reprit-il, avez-vous eu de ses nouvelles récemment?

—Elle dîne à la maison ce soir.

—C'est juste, fit l'abbé en jetant un coup d'œil sur l'éphéméride suspendu au mur... C'est aujourd'hui le premier mercredi du mois, la sortie des pensionnaires de Sion.

Il toussa, puis reprit, jouant avec un coupe-papier:

—C'est une bien aimable personne: je puis le dire, puisque j'ai eu le plaisir de faire sa connaissance quand j'ai prêché une retraite à Sion. Très droite, très courageuse. Ce sera une grande chrétienne dans la vie. Elle est un peu votre parente, n'est-ce pas?

Mme Surgère rougit.