Il la sentait triste, triste à fondre en larmes si elle avait été seule, et cette tristesse lui inspira le désir de la calmer par des tendresses.

—Non... je vais bien, mon aimé, je vous assure. Je vais bien, puisque vous êtes près de moi.

—Yù, ma chérie, répliqua Maurice en la regardant bien en face, il y a du chagrin dans ces beaux yeux-là... Pourquoi? Dites-le-moi, au moins.

Il avait pris sa main et la pressait, sans souci d'être vu.

—Si vous m'aimez, murmura Julie, je n'ai plus de chagrin.

Il répliqua:

—Je vous aime infiniment.

Leurs yeux, de nouveau, se pénétrèrent. Pour la première fois, à travers des paroles souvent échangées, ils s'étaient laissé entrevoir leur inquiétude. Maurice en fut si troublé que, pour cacher son émotion, il s'éloigna, alluma un cigare, et s'en alla errer sous les acacias du jardin. À demi rassurée par cette parole sincère: «Je vous aime infiniment,» Julie regardait le groupe formé, dans un coin du salon, par Claire et le baron de Rieu. Ils parlaient trop bas pour qu'un mot lui parvînt de leur conversation; mais cette conversation était assurément sérieuse, à l'air des visages. Elle pensa: «S'aiment-ils donc? Oh! si cela se pouvait!»

Elle aurait voulu agir aussitôt, hâter ce mariage qui dissiperait le cauchemar. Mais que faire? Daumier, dont c'était l'heure de cours, prenait congé; Esquier revenait seul, après l'avoir conduit jusqu'à l'escalier. Julie l'appela. L'espoir, même si léger, qui lui naissait, lui donnait le besoin d'épancher son cœur. Quand Esquier fut près d'elle, elle lui montra Claire et le baron:

—Regardez, dit-elle à demi-voix.