Dès que ce nom fut prononcé, Maurice comprit. Rieu! Il n'aurait jamais songé à celui-là, par exemple!... Il répondit:

—Rieu? Je le connais depuis plus de six ans. C'est moi qui l'ai introduit dans cette maison; mais depuis, je l'ai coupé, et je ne le vois plus du tout hors d'ici. Il s'occupe d'une masse d'entreprises ridicules. Il est prétentieux et triste. Il m'assomme.

—Vous n'êtes pas juste pour lui, reprit Claire. C'est un homme excellent, vous connaissez ses mérites aussi bien que moi.

«Elle l'aime donc, pensa Maurice. Elle aurait raison, car Rieu vaut cent fois mieux que moi.» Et il lui sembla qu'une chose visible sombrait sous ses yeux. «C'est mon avenir; c'est mon bonheur.» Il dit très haut, sèchement:

—Eh bien! puisqu'il vous plaît tant, Claire, il faut l'épouser, voilà tout.

Aussitôt il regretta sa brutalité: des rougeurs de larmes altéraient le regard de la jeune fille. Elle murmura:

—Comme vous êtes dur pour moi! J'ai donc eu tort de vous consulter?

—Pardon, fit Maurice, prenant une des mains fines, qu'il garda dans les siennes. Parlez. Je ne dirai plus rien.

Claire reprit:

—Voici ce qui s'est passé... Depuis mon retour ici, M. de Rieu me témoignait de l'amitié. Il causait volontiers avec moi, et presque jamais de choses banales. Il m'interrogeait sur mes idées, sur mes croyances religieuses, sur mes projets d'avenir. Il me parlait, comme à une compagne, de ses rêves d'organisation ouvrière, de ses entreprises politiques. Jamais, jamais il n'avait prononcé un mot hors de l'amitié la plus simple...