-- Il nous semble, à lui et à moi, qu'il vaut mieux, la chose une fois décidée, la terminer le plus tôt possible. Nous nous marierons certainement avant la fin d'avril.
Lentement, Julien sentait sourdre une angoisse: cela n'était presque rien encore, mais cela grandissait, grandissait. Il ne répondit pas. Maud continua:
-- Jusque-là, vous comprenez, je dois me garder des curiosités, des malveillances d'amies: ce mariage enrage trop d'envieuses ! Maxime ne connaît personne et ne se soucie de voir que moi: aucun péril à ce qu'il demeure à Paris. Mais moi, avec maman et Jacqueline, j'irai passer ce mois à Chamblais... Oh ! je viendrai presque tous les jours, tu comprends, poursuivit-elle en prenant les mains de Julien... le trousseau... les toilettes... l'installation. Seulement, j'habiterai officiellement Chamblais, où Etiennette restera avec nous pendant les premières semaines de son deuil. Nous y serons chez nous, les Le Tessier n'y viendront qu'en visiteurs. Je trouve cette combinaison excellente... Mais qu'est-ce que tu as ?
Julien s'était levé aux derniers mots, et, toujours silencieux, se promenait maintenant à pas irréguliers dans la pièce. L'angoisse montait à sa gorge, lui obstruait la respiration à l'étouffer. Il revint s'arrêter devant Maud.
-- Alors... c'est fait ?
-- Oui, en principe, c'est fait. Je ne pense pas que cela te surprenne ?
Elle lui dit cela hardiment, les yeux dans les yeux, en cette attitude redressée qu'elle prenait contre toute entrave à ses décisions.
Mais lui ne résistait pas. Il s'était assis sur le coin de la table, morne, accablé. Elle le guetta quelque temps, parée à la défense. Puis, comme il ne disait rien, ne bougeait pas, elle voulut, comme tant de fois, ressusciter son courage. S'approchant de lui, elle lui dit à voix basse:
-- Sois fort. Je n'aime que toi.
Il ne l'entendit pas, sans doute, abîmé dans ses pensées. Il balbutia: