"J'espère que maman va bien. Si elle a besoin de quelque chose, elle n'a qu'à m'écrire Hôtel Mille-Colonnes. Henri est très gentil et j'ai tout ce que je veux..."

Deux pages sur ce ton d'incohérence et d'inconscience, un verbiage de lorette qui navrait Etiennette et l'humiliait. "J'espère que maman va bien... Henri a un frère qui ne fait rien: tu serais son type..." Voilà comment elle comprenait la famille !

-- Je n'ose pas te lire cela, dit-elle à Maud. Je voudrais ne l'avoir pas lu.

Pourtant, elle songea qu'elle l'avait crue morte, elle aussi, emportée par cette phtisie qui la minait. Alors elle eut honte d'avoir accepté cette hypothèse sans chagrin, et peut-être avec soulagement. N'était-ce pas tout ce qui lui restait de l'autrefois, cette folle Suzon avec qui elle jouait, gamine, ne sachant encore ni l'une ni l'autre rien de la vie vraie.

Elle dit tout haut:

-- Pauvre petite ! Je suis bien contente tout de même d'avoir de ses nouvelles. Elle a si peu de santé ! Si on pouvait la rendre raisonnable ! Son coeur est excellent.

Dans cette offre même qui l'avait choquée tout à l'heure, la bonne volonté de la pauvre fille s'affirmait. On est bienfaisant comme on peut, suivant sa situation et ses moeurs... Pauvre Suzon !

Elle consulta Maud:

-- Faut-il dire à Paul que j'ai reçu des nouvelles ?

-- Moi, je ne le dirais pas. Cela lui sera désagréable. Si Suzon revient, il l'apprendra toujours assez tôt. Et puis, qui sait ? reviendra-t-elle ?