-- Vous avez ma lettre aussi, Betty ? demanda Etiennette.
-- Oui, mademoiselle. J'ai vu que Mademoiselle n'était pas dans sa chambre... Alors, j'ai tout porté ici. Il y a deux lettres pour mademoiselle Etiennette.
-- Tiens ! fit la jeune fille étonnée... Qui est-ce qui peut ?...
Elle n'attendait une lettre que de Paul Le Tessier. Il lui écrivait chaque jour, même lorsqu'il venait déjeuner ou dîner à Chamblais. Chaque jour aussi, elle lui répondait, heureuse de se prouver ainsi quotidiennement qu'elle n'était pas tout à fait seule au monde.
Aujourd'hui l'enveloppe blanche, avec l'estampille gaufrée: Sénat, était bien là, comme chaque jour. Elle ne l'ouvrit pas la première, elle tenait entre ses doigts hésitants l'autre enveloppe, longue, rouge brique, marquée d'un timbre étranger.
-- Qu'est-ce que tu as ? demanda Maud, quand Betty fut sortie. De qui est cette lettre ?
-- C'est de Suzon, répondit Etiennette. Cela vient de Hollande.
-- Ah ! c'est bien ennuyeux. Elle aurait pu attendre encore un peu avant de donner de ses nouvelles, Suzon.
Elle traduisait la pensée d'Etiennette. Maintenant que la mère était morte, l'obstacle au mariage avec Paul, c'était cette folle Suzanne qui avait soupé, fêté, couché avec tout Paris. Sa longue absence, le long silence, point rompu même à la mort de Mathilde, commençaient à la faire oublier de Paris qui oublie vite. Allait-elle rentrer en scène ?
"... Je t'écris d'Amsterdam, où je suis arrivée avec la troupe. Mais j'ai quitté le théâtre. Je suis avec un jeune négociant très calé, très chic, que je compte bien amener à Paris. Peut-être déciderons-nous aussi son frère à nous accompagner: il est riche aussi, il ne fait rien et tu serais tout à fait son type.