-- Tiens ! regarde... les miens paraissent presque bruns... Jamais je ne devrais me montrer auprès de toi. Tu m'éteins complètement.
-- Veux-tu bien te taire ! répliquait Etiennette. Est-ce qu'on lutte contre ça, tiens ! et contre ça, contre ça ?...
Elles passa ses doigts dans la souple et douce coulée des boucles brunes qui s'allumèrent aussitôt de reflets roux, elle entr'ouvrit le col à volant, formant écharpe, de la chemise de linon, elle découvrit la naissance de la gorge et y posa ses lèvres.
-- C'est toi, chérie, qui es trop jolie... trop reine. Près de toi, j'ai l'air de ta petite femme de chambre. Mais ça m'est égal, je t'aime.
Elles s'embrassèrent encore.
-- A propos, dit Maud, je me suis décidée pour le grand peplum tombant droit sur la robe à taille...
-- Celle de chez Laferrière ?
-- Oui. Seulement je la modifie un peu, en rétrécissant l'empiècement du corsage. Tu vas comprendre.
Elle s'expliqua, interrompue par Etiennette qui, elle aussi, avait eu son inspiration pendant la nuit, pour modifier le modèle de Laferrière. Et c'était vraiment un tableau à tenter un pinceau de l'école de Valenciennes, ces deux jolie filles mi-sérieuses, mi-rieuses, discutant, prenant des poses, dans la vaste chambre du château d'Armide, boisée de riches coquilles, de courbes gracieuses, meublée de vraies pièces de musée.
Elles n'étaient pas tombées d'accord quand la porte de la chambre s'ouvrit. Betty apportait le courrier du matin.