-- Tiens ! murmura-t-elle... Hector est déjà là.
Il descenda les marches du perron; Jacqueline le suivait, l'ombrelle ouverte. Leurs ombres, sur les marches blanches, paraissaient à peine lavées de bleu dans le poudroiement ténu du soleil. Presque aussitôt, Paul Le Tessier parut à son tour, avec Etiennette dont la nuque était d'or sous l'or du jour. Les deux couples se suivirent quelques pas... Puis, tandis que Jacqueline et Hector s'enfonçaient dans le parc, le sénateur s'assit avec Etiennette sur un des bancs de pierre circulaires qui garnissaient, de place en place, les alentours du bassin.
-- Allez voir, dit Maud à Betty, si les Chantels sont arrivés. Je n'ai plus besoin de vous.
Etiennette et Paul Le Tessier, sur le banc où, sans doute, la danseuse Héro et son financier s'étaient, aux temps jadis, becquetés tendrement, causaient en bons amis affectueux, Paul gardant dans ses mains d'athlète la main de la jeune fille. Il lui contait les démarches faites pour elle, la veille, à Paris.
-- Voilà, chère amie. Tout est réglé pour l'assurance... Il est convenu que c'est moi qui toucherai, à votre majorité, les vingt mille francs que vous prétendez me devoir pour rembourser mes avances: vous me permettrez bien, je l'espère, de les mettre dans la corbeille, puisqu'ils sont à vous... Les grosses difficultés pour la succession sont aplanies: votre soeur n'ayant pas donné signe de vie au décès de votre mère, tout fait supposer qu'elle ne réclamera pas sa part de l'héritage.
Etiennette eut envie de l'interrompre, d'avouer la lettre de Suzanne. Elle n'osa pas et, dès lors, liée par son silence, l'aveu devint impossible.
-- L'appartement reste à votre nom jusqu'à l'expiration du bail, dans dix-huit mois. D'ici là, nous serons mariés, je suppose, et vous déciderez ce qu'il vous plaira. De mon côté, toutes mes affaires sont en ordre: j'ai vu Krauss qui me signera un certificat de maladie me permettant d'avoir un congé de trois mois. Avec les mois de vacances, cela nous fera la moitié d'une année. Nous nous marierons à Londres; nous irons passer ensuite quelque temps à Vézeris, chez le jeune couple Chantel, et nous rentrerons à Paris, ajouta-t-il en souriant, tout parfumés d'aristocratie par le frottement de la haute noblesse poitevine.
Il déguisait sous un ton de plaisanterie un plan longuement, sagement mûri. Il voulait épouser Etiennette sous le patronage des Chantel et des Rouvre, dont les noms éclatants faisaient rentrer dans l'ombre les origines et les alliances de Mlle Duroy.
"Il y a tant de Duroy par le monde... Et puis qu'importe le nom d'une femme le lendemain de son mariage ?"
-- Comme vous êtes bon ! murmura la jeune fille, le caressant de ses yeux câlins.