Maud, inquiète, voulut aussi paraître gaie:

-- C'est vrai, Maxime, vous avez quelque chose à me dire ?

Elle ramassait sa volonté pour ne rien trahir de son angoisse. Tout de suite, elle avait pensé: "Julien !..."

Mais Maxime, gravement, lui prit les mains et posant son front dessus:

-- Je vous demande grâce ! fit-il, la voix basse, comme consumée par l'émotion... Je me suis conduit en mauvais ami. Je ne suis plus digne de vous.

Maud ne comprenait pas:

-- Qu'avez-vous donc fait ? Vous avez encore douté de moi ?

-- Ah ! si vous saviez ce que j'ai souffert, à douter. Mais pensez que, chaque jour, depuis que vous êtes à Chamblais, je reçois des lettres, des lettres tellement précises sur vous... sur vos habitudes... un tel mélange de faits que je sais, que je vois vrais... comme vos toilettes de la journée, comme telle ou telle course que vous avez faite, et que vous me racontez le lendemain et le soir... un tel mélange de cela et de calomnies...

-- Que vous avez cru les calomnies, n'est-ce pas ? répliqua Maud en retirant ses mains.

-- Maud, supplia Maxime, je pourrais ne rien vous avouer... Ne me condamnez pas parce que je me confesse à vous. Voilà ce que j'ai fait, écoutez. Quatre fois déjà, j'avais reçu une lettre écrite à la machine; on me disait: "Ce soir... vers cinq heures et demie, Mlle de R... ira rue de la Baume, deuxième porte à droite dans la rue, en venant de l'avenue, chez..." Non, jamais je n'oserai vous dire l'infamie qui était écrite.