-- Ce qui s'est passé entre lui et moi, reprit-elle, dans un violent besoin de sincérité, de rachat devant soi-même, non... ne me le demandez pas. Je ne puis pas vous le dire. Il vaut mieux pour vous que vous ne restiez pas ici, que vous ne pensiez plus à moi.

L'horreur de la séparation imminente fit pâlir Maxime. Une fois encore, il voulut espérer. Tous deux, lentement, s'étaient remis en marche vers le château:

-- Maud, je ne suis venu dans votre vie que depuis bien peu de temps. Le passé ne m'appartient pas, je n'ai pas de droit sur lui. Puisque... Puisqu'il a menti, pourquoi me défendre de penser à vous ?

Elle le regarda, reprise d'hésitation, elle aussi... Ce fut une minute fatidique, le tranchant du destin dont parle le Tirésias de Sophocle. Maxime reprit:

-- Si je vous aimais assez pour vous pardonner ?

Ce mot de pardon rompit brusquement la trêve; Maud fut décidée d'un coup.

-- Je ne veux pas de pardon, répliqua-t-elle. Croyez-moi, Maxime, quittons-nous. Vous vous rappellerez que c'est moi qui vous ai dit: "Partez !" à un moment où, peut-être, j'aurais pu vous ressaisir. Il ne faudra pas penser à moi haineusement. Vous me le promettez ?

Maxime comprit, au sérieux de ces paroles, que vraiment l'adieu était formel, qu'il fallait se quitter.

-- Je vous le promets, dit-il, la voix grave et troublée.

-- Adieu !