Près d'eux, Hector se tenait un peu à l'écart, causant à voix basse avec Suberceaux. Valbelle, en compagnie de Paul Le Tessier, de Mme Avrezac et du docteur Krauss, lutinait Dora, voulait absolument lui faire dire ses idées sur le mariage.
-- Oh ! moi, répliquait la petite, montrant l'émail merveilleux de ses dents parmi des roucoulements de rire, je vous assure que je ne suis pas pressée. C'est si bon de dormir toute seule dans son lit !
-- Eh bien ! disait Valbelle... Mais il y a d'autres systèmes que le lit pour deux. Avez-vous lu la Physiologie de Balzac ?
-- Balzac ? Qu'est-ce que c'est que ça ?... Je suis sûre que c'est encore un livre avec des gravures, comme celui que vous m'avez fait voir l'autre jour dans votre atelier. Vous savez, je ne veux plus regarder des affaires comme ça.
L'ignorance prodigieuse de Dora divertissait inépuisablement ses amis. Valbelle donna des explications sur le chapitre de la Physiologie du mariage auquel il avait fait allusion. Krauss, souriant dans sa barbe grise, proposa des inventions plus modernes; ils s'expliquait avec un accent américain prononcé:
-- C'est un système toute fait moderne... le lit qui se ouvre et s'approche à la volonté. Vous connaissez pas ? Nous avons en Amérique, beaucoup.
-- Oh ! bien, gardez-les, répliqua Dora. Ça c'est trop quaker, par exemple, trop Armée du Salut. C'est comme ces chemises de nuit...
Elle s'arrêta subitement et, cette fois, rougit. Les auditeurs se regardèrent en souriant.
-- Avançons, dit le peintre en glissant sous son bras le bras rond de Dora, qui, un peu confuse, lui faisait des reproches:
-- Vous vous moquez toujours de moi... Vous vous amusez à me faire dire des bêtises devant le monde. A la fin, je me fâcherai. Est-ce que c'est ma faute si je suis bête ?