Maud chercha l'offrande d'une consolation:

-- Paul t'aime trop pour être influencé par des événements dont tu n'es pas responsable.

-- Lui ? Pauvre ami ! je sais bien qu'il ne m'en aimera pas moins. Notre mariage est tout de même impossible. Paul y consentirait que je ne le voudrais pas, moi. Pense ! Quel parti ses ennemis politiques tireraient de l'affaire ! Nuire à Paul ! Oh ! cela, jamais.

Maud ne trouvait pas d'objection. Elle dit seulement:

-- Que vas-tu faire ?

-- Je vais retourner rue de Berne, toute seule, que veux-tu ? et je travaillerai.

-- Voyons ! fit Maud haussant les épaules, tout cela est très ennuyeux, certes; mais ce n'est pas une raison pour ne pas revoir Paul, qui t'aime, que tu aimes. Vous avez fait ce que vous pouviez, l'un et l'autre, pour vous marier. Franchement, puisque vous en êtes empêchés par des événements où il n'y a point de votre faute, vous seriez trop niais de ne pas passer outre. Laissons faire le temps. Tout s'oublie... Un jour viendra où Paul laissera ses fonctions officielles, le Sénat et la Banque, il me l'a dit bien des fois. Vous vous marierez alors. Mais jusque-là, aimez-vous !

Etiennette secouait la tête obstinément:

-- Non. Ce que tu dis est très raisonnable, c'est même tout ce qui me reste d'espoir; je crois bien que Paul m'épousera lorsqu'il aura résigné ses fonctions, et alors, moi, je consentirai. Mais jusque-là, je ne veux pas, non, je ne veux pas être sa maîtresse... C'est absurde, c'est niais, c'est tout ce qu'il te plaira. Je ne veux pas, je ne peux pas; je sens que la minute d'après je ne l'aimerais plus, et que je serais malheureuse.

Elles restèrent quelque temps sans rien dire... Qui des deux avait raison ? Elles ne savaient plus, la conscience désorientée, dociles simplement à l'impulsion de leur tempérament.