-- Oh ! chérie !... chérie !... Comme j'ai du chagrin !
Maud l'assit sur ses genoux, la caressa, la baisa de son mieux. Elle l'aimait, cette compagne jolie, saine d'âme, elle l'aimait avec un peu d'envie pour sa santé même, un peu de nostalgie de l'absolue intégrité physique qu'elle avait su garder.
-- Qu'est-ce qu'il y a, mignonne ? Suzanne est malade ?
-- Oh ! non... non ! Pis que ça !...
Parmi ses larmes, elle raconta l'histoire lamentable et grotesque à la fois: le bal-orgie de la veille, la fille grisée, montrée nue, palpée par cinq cents hommes en folie, et la plainte portée le lendemain, et l'arrestation, et le scandale déjà, dans les feuilles du boulevard.
-- Tiens, regarde, fit-elle en montrant un journal. Tout à la fois... Ma soeur, ma mère... et même mon père.
Un reporter diligent contait, en effet, des anecdotes sur le passé de Suzon, nommait Mathilde Duroy, désignait sous des initiales transparentes feu le député Asquin.
-- Mais toi, murmura Maud sincèrement compatissante, on ne te nomme pas ?
-- Qu'est-ce que cela fait ? Moi, tu comprends, je n'intéresse personne. Mon cher rêve n'en est pas moins par terre. Pauvre Paul !
Elle était sincère. Son pire chagrin, c'était la souffrance de l'homme qui l'aimait.