-- Non, c'est le thé.

La valet de chambre entrait, portant la table avec le samovar, les tasses, les gâteaux. Derrière lui, Jacqueline de Rouvre parut: on lui fit fête... Les femmes l'embrassèrent; elle serra la main de Lestrange. C'était une toute petite personne, rousse et grasse, le contraire de Maud et le portrait de sa mère, en plus fin, plus dégagé, plus Parisien, -- une peau de soie, des yeux glauques, toujours à demi cachés par les paupières qui semblaient lourdes d'une langueur de volupté, des formes déjà mûres, des seins et des hanches d'épouse, avec la taille la plus mignonne et une puérilité voulue de geste, de parole et de toilette, des robes courtes de gamine qui remontaient à chaque instant, laissant voir des mollets ronds et rebondis; enfin un être extraordinaire et troubleur, fait pour enflammer le désir des hommes et leur injecter de la folie dans les yeux et dans le sang.

Quand elle fut assise entre Luc Lestrange et Mme de Reversier, celle-ci lui dit en souriant:

-- On parlait de votre cours de morale, Jacqueline. Quel sujet a traité le jeune maître, aujourd'hui ?

Jacqueline baissa les paupières et répondit, sur un ton comique d'innocence:

-- De l'amour dans le mariage, madame.

-- Voilà un beau sujet; qu'en disait-il ?

-- Oh ! je vous referais son discours mot à mot.

Elle se leva, sauta derrière une chaise avec une grâce de bergeronnette, et commença, composant son visage, virilisant sa voix: "L'amour conjugal, Mesdemoiselles et Messieurs, est constitué par deux éléments, aussi étroitement unis en lui que le sont l'oxygène et l'hydrogène dans l'eau... Ces éléments sont la tendresse et la (un temps, il ménage son effet)... et la sensualité. Vous savez tous ce qu'est la tendresse. Le foyer paternel, quand vos mères vous berçaient sur leurs genoux... (etc..., grande tirade, je passe). Reste la sensualité..."

-- Jacqueline, interrompit Maud, tu vas dire des inconvenances !