-- Pas du tout. On m'envoie au cours, j'en profite. Je reprends: "La sensualité, Mesdemoiselles et Messieurs, est plus malaisée à définir, surtout devant un pareil auditoire. Contentons-nous d'y reconnaître l'appel généreux de l'être humain vers la beauté, l'attrait des yeux pour la forme." A ce moment quelqu'un interrompit: "Et les aveugles ?" Le jeune maître fait semblant de ne pas entendre. Juliette Avrezac, qui est ma voisine, me dit à l'oreille: 'Ils ont le toucher si développé !"
Tout le monde riait, y compris les petites Reversier et leur mère, qui semblait avoir oublié les sévères principes énoncés l'instant d'avant. Mme Ucelli ne put se tenir d'aller embrasser Jacqueline.
-- E un fiore... pèro un fiore !
Maud reprit son sérieux:
-- Allons, Jacqueline, assez de folies. Tu ferais bien mieux de servir le thé. Madeleine et Marthe vont t'aider.
Elles s'y mirent toutes les trois, les deux têtes châtaines et la tête rousse penchées autour de la table, les souples tailles courbées en jolies révérences quand elles offraient la tasse. C'était une mode nouvelle de servir, à Paris, le thé fait à même chaque tasse, dans une coupe surmontée d'une petite passoire en porcelaine. On admira.
-- C'est vous, Maud, qui avez découvert cela ?
-- Bon... C'est notre ami Aaron qui m'a rapporté cela de Londres. Il nous comble de cadeaux.
-- Vous avez de la chance, fit naïvement Mme de Reversier. Les "flirts" de mes filles ne nous donnent jamais rien.
-- Ah ! s'écria Maud joyeusement, les voilà... tous les deux... C'est gentil...