-- Bon. Je le sais. Rappelez-vous que j'aurai peut-être besoin de vous...

Les éclats de rire l'interrompirent. On écoutait Jacqueline. Elle disait:

-- ... Non, je vous assure, il n'a pas le même coup de lance avec toutes ses clientes... Avec les vieilles dames qui l'appellent "M. de docteur Krauss", il douche mélancoliquement, par devoir, en détournant la tête: l'eau tombe où elle peut. Avec les jolies femmes un peu mûres, il plaisante, il dit des bêtises, il s'amuse à leur arracher des petits cris, à les chatouiller avec son jet, à leur faire peur. Mais pour les jeunes filles, il a la douche virginale, caressante, pudique. A peine s'il vous effleure, jamais un mot leste, jamais une brusquerie. Et il vous parle de musique, de littérature, de bals... tandis qu'on est toute nue en face de lui; rien n'est plus comique...

Elle s'interrompit:

-- Chut ! Taisons-nous... On a sonné... Ce sont les raseurs.

Avant qu'on n'ouvrît la porte, déjà elle était assise près de la table à thé, sérieuse et correcte comme une pensionnaire sous l'oeil de la surveillante.

Le domestique, cette fois, annonça:

-- Mme la vicomtesse de Chantel... Mlle de Chantel... M. Maxime de Chantel.

Un peu cérémonieusement, silencieusement presque, les politesses de bienvenue furent échangées. Jacqueline souffla à l'oreille de Marthe:

-- Hein, sont-ils assez de leur province ? Madame, son garçon et sa demoiselle... Non, mais regarde-les !