-- Ah ! merci, fit simplement Maud. Et elle déposa l'enveloppe sur une console.

On s'était dispersé dans les deux salons, suivant l'élection des affinités. Espiens avait attiré Mme Avrezac dans le boudoir de Maud; on ne les voyait plus; seulement, de temps en temps, on entendait un rire étouffé, tout de suite suivi d'un arpège jeté sur les touches du piano. Juliette Avrezac, isolée près de Suberceaux, lui parlait à voix basse, avec des gestes brusques de nerveuse, qui semblaient souligner des reproches; et lui écoutait indifférent, les yeux à une ébauche de Turner, cadeau d'Aaron, nouvellement accrochée au mur. Autour de la table à thé, Valbelle et Lestrange plaisantaient Dora Calvell, à la vive joie de Jacqueline, de Marthe et de Madeleine: et la petite créole, le sang brunissant ses joues de citron, roucoulait comme un ramier, donnant, parmi ses rires, joyeusement la réplique aux deux hommes:

-- Une sauvage ! monsieur Valbelle ! ... Vous voulez me faire poser une petite sauvage... Ah ! non, je vous remercie... Vous êtes poli.

-- Mais non, comprenez donc, disait Valbelle: ce n'est pas une sauvage comme les autres, c'est Rarahu.. la poésie... l'amour... enfin, tout à fait votre type.

-- Et le costume vous ira divinement, observa Lestrange.

-- Comment est-il, ce costume ?... Oh ! vous vous moquez de moi, parce que vous savez que je suis bête... Je suis sûre qu'il n'y a pas de costume du tout.

-- Mais si... il y a des feuilles... beaucoup de feuilles de palmier... C'est très convenable, on en met autant qu'on veut.

-- Bien sûr, dit Jacqueline; moi, je poserais cela tout de suite à M. Valbelle, si j'avais le type.

A l'oreille de Marthe elle ajouta: "Tu vas voir, Dora va dire oui. Elle est adorable."

Dora, après réflexion, objecta: