-- Maman ne voudra jamais.
-- Oh ! fit Lestrange, il n'y a pas besoin de lui dire... Vous vous ferez accompagner à l'atelier par cette bonne Mlle Sophie.
C'était la dame de compagnie de Dora, célèbre dans un certain monde de fêteurs parisiens pour sa docilité et son mutisme. On l'asseyait sur une chaise, dans l'antichambre, elle s'endormait aussitôt et ne bougeait que lorsqu'on venait la réveiller.
La petite Calvell méditait. Enfin elle proféra cette réponse qui fit tomber ses amies dans des convulsions de fou rire:
-- Eh bien ! je veux bien... Mais promettez-moi qu'on ne verra pas ma figure.
Maxime, qu'Hector avait laissé seul après s'être fait présenter à sa soeur Jeanne, regardait, écoutait; et il se demandait: "Est-ce que je rêve ? Suis-je né dans un monde à part ? est-ce là les moeurs et le langage du monde moderne ? Ces propos de brasserie, qui valent encore mieux, il me semble, que telle causerie à voix basse... Ces gestes de frôlement qu'on ne se donne pas la peine de dissimuler... Et ce mot odieux qui résonne sans cesse comme un appel de libertinage: "Mon flirt... Elle a flirté... Nous avons flirté... C'est un flirt de ma fille..." Voilà les gens qui entourent Maud... Voilà ce qu'elle voit... ce qu'elle entend... Alors ?"
Maud ne lui avait pas encore adressé la parole. A ce moment, elle le regarda, trop proche à son gré des caillettes libertines qui entouraient Lestrange et Valbelle; elle devina son étonnement irrité; elle vint à lui, tout droit:
-- A quoi pensez-vous, monsieur de Chantel ? dit-elle en rivant sur lui son regard.
Et elle recula vers l'angle du salon, forçant le jeune homme à l'y suivre.
-- Je pense, répondit Maxime très grave, que ma solitude de Vézeris est l'asile qu'on ne devrait jamais quitter, lorsqu'on est, comme moi, un provincial et un paysan.