Malgré lui, il avait mis dans ses paroles toute l'amertume qu'il avait goûtée, en se comparant, sous les yeux de la femme qu'il aimait, à ces hommes élégants, brillants, causeurs aisés, comme Lestrange, Le Tessier, Suberceaux.

-- Alors, demanda Maud lentement, vous allez retourner à Vézeris ?

-- Oui. J'ai accompagné ma mère à Paris, parce qu'elle ne sait pas voyager seule. Elle va y rester plus ou moins longtemps, suivant les prescriptions du docteur Levert. Moi je ne sers à rien ici: je repartirai pour Vézeris et ne reviendrai plus que pour la chercher. Paris est trop grand pour moi: même quand j'y suis, comme aujourd'hui, j'ai l'impression d'en être absent. Mon pays natal, avec ses faibles coteaux, ses plaines aux horizons mystérieux, est plus près de mon coeur.

-- Ah ! fit Maud, baissant lentement les paupières.

Maxime reprit, s'exaltant peu à peu au son de sa propre voix:

-- Ces solitudes m'ont fait tel que je suis, à leur image, voyez-vous. J'ai le même coeur que mes bergers, immobiles d'un crépuscule à l'autre en face de l'horizon: mes sensations sont lentes et profondes, si profondes qu'une fois éprouvées leur seul ressouvenir suffit à combler ma pensée durant de longs mois... Ici, on éprouve vite et peu; la parole est rapide et brève comme la sensation; moi, je suis lent à parler, parce qu'on ne saurait exprimer vite de si lointaines sensations... Pardonnez-moi, je ne sais pourquoi je vous dis ces choses.

-- Parlez-moi, au contraire, fit Maud. Rien de ce qu'on raconte là (elle montra les groupes de Suberceaux, de Jacqueline, de le Tessier) ne saurait m'intéresser autant.

-- Vous êtes bonne de me le dire, au moins... Voyez, je ne suis même pas assez maître de moi pour vous cacher cette émotion ! Tout ce qui me rappelle une chose passée... une chose heureuse, me bouleverse ainsi. Et ma présence ici, après des mois, me rappelle si vivement nos quatre jours de Saint-Amand...

Maud l'interrompit:

-- Je ne les ai pas oubliés, moi non plus.