-- Il est tard, fit-elle. Il faut que je parte.

-- Oh ! supplia Julien, reste... rien qu'un instant... Là...

Il montrait, du regard, la chambre voisine, pleine d'ombre. Dans les yeux de la jeune fille il lut le consentement. Il l'emporta comme une proie. Les lèvres jointes, ils défaillirent ensemble contre cette couche fermée que, deux fois en quatre années, Maud avait frôlée de sa robe: lui si vite anéanti par cette étreinte que, cette fois encore, Maud n'eut point à se refuser.

-- Rue de Berne, 22... vite...

Maud jeta cette adresse, en remontant dans le coupé qui l'attendait rue de la Baume. La neige tombait toujours, mêlée maintenant d'un peu de pluie, et le cheval avançait avec peine, le long du boulevard Hausmann, où les tramways restaient en panne, puis à travers la place de l'Europe lumineuse comme en plein jour, ses mille lumières réverbérées par la neige. Il fallut près d'une demi-heure pour arriver chez Etiennette.

C'était un de ces maisons à loyers que des sociétés construisent économiquement, défraîchies au bout de six mois, par l'insuffisance des matériaux et la négligence de l'entretien.

Maud ouvrit avec répugnance la porte d'une loge assez malpropre:

-- Mademoiselle Etiennette Duroy ?

-- Au troisième, la porte en face, dit sans se tourner une grosse femme qui cuisinait dans une sorte de placard.

Maud monta les trois étages. Les stucs écaillés, les plafonds fendus, la rampe noircie, les cordons de sonnette amputés de leur gland, le tapis élimé aux angles des marches, tout signifiait la demi-pauvreté, l'indigence à décor, la pire de toutes. Maud entrevit pour elle-même, dans l'avenir, une pareille maison, une pareille vie... C'était ce qui l'attendait si elle n'épousait pas Maxime de Chantel.