-- Le jeune homme à qui tu donnais le bras, hier, à la sortie de l'Opéra ?
-- Oui. Il est amoureux de moi, il me convient: je veux l'épouser... ceci entre nous. M. de Chantel, te disais-je, quitte Paris dans quelques jours pour ses terres du Poitou. Tu comprends que si nous donnons une fête, j'aimerais autant qu'il fût là.
-- Bien sûr.
-- Il reviendra vers le milieu de mars. Un mois nous reste pour préparer la fête, que je veux donner presque au lendemain de son arrivée, afin de le ressaisir tout de suite, car c'est un étrange garçon: quelques semaines de solitude suffisent à l'ensauvager. Prépare donc ton répertoire et tes toilettes. Tu as tout juste le temps.
-- Comme tu es bonne ! dit Etiennette, baisant son amie de nouveau.
-- Mais non, je ne suis pas bonne. C'est toi qui es mignonne à plaisir et qu'on est en joie d'obliger. Et puis ne sommes-nous pas alliées ? Pauvre chérie, ajouta Maud après une courte pause, nos situations sont plus semblables que tu ne penses, va ! Toutes les deux nous avons souffert par le lâche égoïsme des hommes, nous vivons toutes les deux où nous souhaiterions ne pas vivre... Nous attendons la délivrance de l'avenir. Aidons-nous l'une l'autre, c'est tout simple.
Etiennette répondit en souriant:
-- Moi, je suis ta servante, dispose de moi. Tu n'as pas encore eu besoin de notre hospitalité ? Quand en useras-tu ? J'ai préparé ta chambre, veux-tu la voir ?
-- Oui, bien volontiers, répliqua Maud, contente qu'Etiennette parlât la première du véritable objet de sa visite. Car tout à l'heure, en quittant Julien, sentant le besoin de le tenir en haleine, dans la crise présente, par de plus fréquentes entrevues, elle l'avait enivré par la promesse inattendue des rendez-vous chez Mathilde Duroy.
Etiennette, prenant sur un guéridon une minuscule lampe nickelée, précéda Maud.