-- Mais, fit Mme Avrezac, Maud flirte-t-elle tant que ça ? Je trouve qu'elle se tient très bien, moi.

Pour cette parole de banale défense, Maxime eût souhaité baiser les mains de cette femme. Mme Ucelli répliqua:

-- Elle est très forte... comment dites-vous ? très "roublarde..." mà! Et le jeune Lestrange ?... Et le comte roumain, qui a été tué sans que l'on sût comment ? Et maintenant, le beau Julien de Suberceaux... Dio mio ! Vous ne le nierez pas, celui-là ?

-- Bah ! fit Mme Avrezac avec indulgence, toutes les jeunes filles flirtent aujourd'hui. C'est la nouvelle mode. Juliette me dit que les jeunes filles qui ne sont pas flirt ne se marient pas. Moi, je trouve que celles qui flirtent ne se marient pas non plus.

-- Tu as raison, maman, fit Juliette. On ne veut plus de nous; mais, au moins, si nous ne nous marions pas nous nous amusons un peu. C'est autant de pris.

-- Il y a flirt et flirt, dit Mme Ucelli. Des autres, je ne dis rien, ma per Suberceaux... Enfin... L'ho visto; so dic he parlo...

Elle acheva sa phrase en italien, pour elle-même, au moment où le train s'arrêtait à une station... Maxime l'entendit mal. Il avait seulement perçu le nom de Maud mêlé à ceux de Suberceaux, de Lestrange, d'Hector, au souvenir du "comte roumain tué sans que l'on sût comment". Certes il eût voulu refouler dans les gorges les mots qui souillaient son idole... Mais, plus fort que tout, le désir d'apprendre, de savoir, le tenait immobile, anxieux des paroles qu'il haïssait.

Le train reparti, Aaron questionna, toujours à demi-voix:

-- Alors Suberceaux... vraiment... croyez-vous que... ?

-- Ah ! s'écria l'Italienne, en menaçant du doigt le banquier, vous êtes jaloux !... Birbante ! soyez patient... C'est encore pour vous que je parierais -- de tous les amoureux.