Maxime, à ces mots qu'il perçut, eut un sursaut si brusque que Mme Avrezac et sa fille, Aaron et Mme Ucelli se retournèrent de son côté... Vraiment, une minute, le voile rouge se tendit devant ses yeux, ses muscles se crispèrent pour frapper dans ce tas de vipères, pour les écraser à coups de poing et de talon... Il se maîtrisa violemment, comprenant que Maud serait mal servie par un scandale. Les autres cependant se taisaient; Aaron se pencha vers les femmes, après avoir considéré Maxime à la dérobée. Sans doute, reconnaissant cette fois l'ancien officier, il prévenait ses compagnes. On fit silence jusqu'au moment où le train stoppa en gare de Chamblais.
Hector Le Tessier et Jacqueline de Rouvre attendaient les voyageurs.
-- Nous sommes venus en tête-à-tête dans le dog-cart, fit Jacqueline, comme deux amoureux. Il m'a fait tellement la cour que j'en rougis encore.
-- Toi, rougir ? répliqua Juliette, non... C'est le grand air, va.
-- Malhonnête !
Elles s'embrassèrent, frottant l'un contre l'autre leurs museaux délicats, avec d'amusantes mines de chattes rivales. Hector, quand on fut sorti de la gare devant laquelle stationnaient un landau fermé et la petite voiture d'osier, fit les présentations. Aaron tendit la main à Maxime qui sembla ne pas apercevoir le geste et salua légèrement, détournant la tête.
-- Moi, déclara Juliette Avrezac, je monte dans le dog-cart avec Le Tessier. J'ai envie de rougir comme Jacqueline.
-- Juliette ! fit sévèrement Mme Avrezac.
Et, tout bas, elle lui dit à l'oreille:
-- Tu ne vas pas laisser ce monsieur avec nous dans le landau, n'est-ce pas ? Il a l'air de vouloir nous dévorer vivantes.