«Quand vous aurez lu ainsi l’aventure de Françoise, en passant ce qui vous ennuiera, ce qui vous semblera encombrer le récit (c’est la meilleure façon de lire un roman),—ne jetez pas le livre au rebut, je vous en prie. Gardez-le dans votre chambre à portée de votre main. D’abord, en l’ouvrant au hasard des loisirs, vous y trouverez des sujets de réflexion, de méditation. Votre jeune finesse féminine saura mettre en œuvre ces matières arides bien mieux que je ne sus le faire. Puis, lorsque vous discuterez avec une amie sur l’éducation, sur la toilette, sur les bals, sur les sports, sur le mariage, ouvrez encore le livre amical. Il vous donnera son opinion: et une tierce opinion départage parfois les contradicteurs, ne fût-ce qu’en leur suggérant ce cri unanime: «Peut-on dire pareille sottise?» En un mot, je ne vous recommande pas les «Lettres à Françoise» comme un bréviaire,—mais tout simplement comme un inventaire des choses qui intéressent votre vie. Le plus important dans le livre n’est pas l’avis que j’expose, mais le sujet que je traite: vous.

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«Si, voyant ce livre entre vos mains, l’on vous dit: «Il n’y a rien de nouveau ni de curieux là-dedans», tombez-en d’accord; mais suppliez le dénigreur de vous signaler un livre, bien fait celui-là, où les mêmes questions soient agitées. Vous m’en direz le titre aussitôt, et je courrai l’acheter chez mon libraire, car je l’ai cherché minutieusement et ne l’ai point trouvé.

«Si ce livre bien fait n’existe pas, ce sera l’excuse du mien, qui a du moins la vertu d’exister. Sans nulle fausse modestie, je vous assure que je le juge très imparfait, très loin de mon rêve. Voulez-vous m’aider à le rendre meilleur? Notez vos critiques, marquez les lacunes, suggérez des corrections, et envoyez-moi le tout. Je vous répondrai un grand merci et je vous promets bien que d’édition en édition, grâce à des collaboratrices telles que vous, les «Lettres à Françoise» s’approcheront du mieux...»

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Telle est, chère nièce, la façon dont je voudrais que ce petit volume fût reçu et utilisé par ses lectrices naturelles. Qu’elles le prennent ainsi, et j’en serai plus fier que d’un roman à cent mille exemplaires.

M. P.

Lettres à Françoise