Mais le temps est passé, Dieu merci! des Agnès nigaudes et sournoises, et même des petites demoiselles de Labiche, que les parents envoient chercher un peloton de fil dès qu’il est question du mariage et des enfants.

Votre génération a des curiosités plus franches. Jeunes filles, vous voulez qu’on vous parle de votre prochain rôle de femmes. Tandis qu’on achève tant bien que mal de vous instruire, suivant les procédés d’une tradition un peu routinière, vous rêvez déjà d’être des éducatrices mieux avisées, mieux informées,—le jour où une autre fillette, chair de votre chair, levant sur vous ses yeux puérils, vous demandera:

—Mère! comment faut-il apprendre?


XIV

La ferme.—Nécessité d’une succursale de l’institution Berquin à la campagne.—Ce que fut la génération féminine de la fin du dernier siècle.—Cure de lenteur.—Les enseignements de la terre.—Le chêne et le châtaignier.—Treize francs vingt-cinq!—La vie intellectuelle et la vie rurale.

La dernière fois que je vous rencontrai chez votre mère, chère Françoise, vos premières paroles furent pour me demander «si j’avais vu la ferme». Ce qui me prouva que les murs de l’institution Berquin ne protègent pas absolument les pensionnaires contre la contagion des tics parisiens. Je ne sais plus par quel artifice oratoire j’évitai le piège dissimulé sous votre question, ce qui vous fit faire la moue... Aujourd’hui, Françoise, nul artifice ne m’est nécessaire pour vous répondre; car, bien réellement, j’ai vu la ferme, je la vois tous les jours, il s’en faut de peu que j’y demeure, l’usage de ce pays d’Albret, d’où je vous écris, étant de séparer simplement par une cour commune l’habitation du maître de celle des métayers. Donc je vois la ferme, ses travaux et ses mœurs. J’en suis tout pénétré, je ne pense guère à autre chose. Et, puisque vos jolies lèvres n’ont pas craint l’autre jour d’emprunter leur langage aux familiers des Buttes-Chaumont, vous n’échapperez pas aujourd’hui à quelques propos rafraîchissants sur la vie rurale.

Aimez-vous la ferme, petite Françoise, ou plus généralement aimez-vous la campagne? Sans doute, vous seriez fort en peine de me renseigner; vous n’en savez rien vous-même. Arrière-petite-fille de paysans, il a suffi de deux générations pour vous embourgeoiser, vous «citadiniser» à ce point que vous ne professez pour la terre ni goût ni dégoût. Vous l’ignorez.

—Mais non, mon oncle...