... Ah! petite Françoise, que j’ai hâte de vous dire ma joie pour ces présages favorables! Ce ne sera plus dans bien longtemps: car je vais quitter ces jours-ci les bords de l’Adriatique et me diriger vers la patrie. Vous m’annoncez, pour votre prochaine lettre, une «grande nouvelle...» Vous me la direz de vive voix: avant la fin de la semaine je serai à Paris. Et, voyez si je suis perspicace! j’ai idée que la grande nouvelle se rapporte à votre mariage. Je n’ai pas oublié, petite masque, que vous vous faisiez fort, naguère, d’abréger un peu les fameuses «longues fiançailles»... Et je n’avais pas douté une minute que vous n’y réussissiez. Un mot de Mme Le Quellien semble m’indiquer qu’elle fléchit. Elle me consulte mollement. Me croyez-vous le cœur assez dur pour répondre contre vos désirs? Non, n’est-ce pas? Je hâterai votre mariage d’un cœur tranquille. Vous êtes prête à faire une brave petite épouse, une brave petite maman...
Et voilà sans doute, chère Françoise, la dernière lettre qu’écrit votre oncle à «Mademoiselle Françoise Le Quellien»...
A Madame Maxime Despeyroux.
Une carte postale m’apporte, avec la figure du petit roi d’Espagne sur son timbre rouge, l’image de la cathédrale de Burgos et ces trois lignes:
«Bonjour, mon oncle. Je suis heureuse.
Mais il faut m’écrire.
«Françoise Despeyroux...»
Hum!... Pour les motifs que je vous ai détaillés déjà, chère madame toute neuve, je n’aimerais point à vous interrompre d’être heureuse, et, cette fois, le temps des conseils est fini, fini.—Afin de vous obéir sans manquer à mes principes, et puisqu’il vous faut absolument une lettre, je m’en vais copier quelques pages sur mon journal intime et vous les envoyer. Ces pages furent écrites le 17 mars dernier, en rentrant chez moi après le très intime dîner de contrat qui eut lieu chez vous ce soir-là. Si vous avez gardé mes autres lettres, épinglez celle-ci à la fin de la collection, en manière d’épilogue.