Au-dessous de la Patience[35], la Colère: une femme poignardant un homme avec une épée (la Colère, vice essentiellement féminin qui n'a aucun rapport avec l'indignation). Sous saint Jacques, la Douceur dont l'écusson porte un agneau, et la Grossièreté: une femme donnant un coup de pied par-dessus son échanson, «les formes de la plus grande grossièreté française étant dans les gestes du cancan».
Sous saint Jean, l'Amour, l'Amour divin, non l'amour humain: «Moi en eux et toi en moi.» Son écusson supporte un arbre avec des branches greffées dans un tronc abattu. «Dans ces jours-là le Messie sera abattu, mais pas pour lui-même.» Au-dessous de l'Amour, la Discorde: un homme et une femme qui se querellent; elle a laissé tomber sa quenouille. Sous saint Matthieu, l'Obéissance. Sur son écusson, un chameau: «Aujourd'hui c'est la bête la plus désobéissante et la plus insupportable, dit Ruskin; mais le sculpteur du Nord connaissait peu son caractère. Comme elle passe malgré tout sa vie dans les services les plus pénibles, je pense qu'il l'a choisie comme symbole de l'obéissance passive qui n'éprouve ni joie ni sympathie, comme en ressent le cheval, et qui, d'autre part, n'est pas capable de faire du mal comme le bœuf[36]. Il est vrai que sa morsure est assez dangereuse, mais à Amiens il est fort probable que cela n'était pas connu, même des croisés, qui ne montaient que leurs chevaux ou rien.»
Au-dessous de l'Obéissance, la Rébellion[37], un homme claquant du doigt devant son évêque («comme Henri VIII devant le Pape et les badauds anglais et français devant tous les prêtres quels qu'ils soient»).
Sous saint Simon, la Persévérance caresse un lion et tient sa couronne. «Tiens ferme ce que tu as afin qu'aucun homme ne prenne ta couronne. Au-dessous, l'Athéisme laisse ses souliers à la porte de l'église. «L'infidèle insensé est toujours représenté, aux XIe et XIIIe siècles, nu-pieds, le Christ ayant ses pieds enveloppés avec la préparation de l'Évangile de la Paix. «Combien sont beaux tes pieds dans tes souliers, ô fille de Prince![38]»
Au-dessous de saint Paul est la Foi. Au-dessous de la Foi est l'Idolâtrie adorant un monstre. Au-dessous de saint Jacques l'évêque est l'Espérance qui tient un étendard avec une croix. Au-dessous de l'Espérance, le Désespoir, qui se poignarde.
Sous saint Philippe est la Charité qui donne son manteau à un mendiant nu[39].
Sous saint Barthélemy, la Chasteté avec le phœnix, et au-dessous d'elle, la Luxure, figurée par un jeune homme embrassant une femme oui tient un sceptre et un miroir. Sous saint Thomas, la Sagesse (un écusson avec une racine mangeable signifiant: la tempérance commencement de la sagesse). Au-dessous d'elle la Folie: le type usité dans tous les psautiers primitifs d'un glouton armé d'un gourdin. «Le fou a dit dans son cœur: «Il n'y a pas de Dieu, il dévore mon peuple comme un morceau de pain.» (Psaume LIII)[40]. Sous saint Jude, l'Humilité qui porte un écusson avec une colombe, et l'Orgueil qui tombe de cheval.
«Remarquez, dit Ruskin, que les apôtres sont tous sereins, presque tous portent un livre, quelques-uns une croix, mais tous le même message: «Que la paix soit dans cette maison et si le Fils de la Paix est ici», etc.[41], mais les prophètes tous chercheurs, ou pensifs, ou tourmentés, ou s'étonnant, ou priant, excepté Daniel. Le plus tourmenté de tous est Isaïe. Aucune scène de son martyre n'est représentée, mais le bas-relief qui est au-dessous de lui le montre apercevant le Seigneur dans son temple et cependant il a le sentiment qu'il a les lèvres impures. Jérémie aussi porte sa croix, mais plus sereinement.»
Nous ne pouvons malheureusement pas nous arrêter aux bas-reliefs qui figurent, au-dessous des prophètes, les versets de leurs principales prophéties: Ézéchiel assis devant deux roues[42], Daniel tenant un livre que soutiennent des lions[43], puis assis au festin de Balthazar, le figuier et la vigne sans feuilles, le soleil et la lune sans lumière qu'a prophétisés Joël[44], Amos cueillant les feuilles de la vigne sans fruits pour nourrir ses moutons qui ne trouvent pas d'herbe[45], Jonas s'échappant des flots, puis assis sous un calebassier. Habakuk qu'un ange tient par les cheveux visitant Daniel qui caresse un jeune lion[46], les prophéties de Sophonie: les bêtes de Ninive, le Seigneur une lanterne dans chaque main, le hérisson et le butor[47], etc.