Je n'ai pas le temps de vous conduire aux deux portes secondaires du porche occidental, celle de la Vierge[48] (qui contient, outre la statue de la Vierge: à gauche de la Vierge, celle de l'Ange Gabriel, de la Vierge Annunciade, de la Vierge Visitante, de sainte Élisabeth, de la Vierge présentant l'Enfant de saint Siméon, et à droite les trois Rois Mages, Hérode, Salomon et la reine de Saba, chaque statue ayant au-dessous d'elle, comme celles du porche principal, des bas-reliefs dont le sujet se rapporte à elle),—et celle de saint Firmin qui contient les statues de saints Diocèse. C'est sans doute à cause de cela, parce que ce sont «des amis des Amiénois», qu'au-dessous d'eux les bas-reliefs représentent les signes du Zodiaque et les travaux de chaque mois, bas-reliefs que Ruskin admire entre tous. Vous trouverez au musée du Trocadéro les moulages de ces bas-reliefs de la porte Saint Firmin et dans le livre de M. Mâle des commentaires charmants sur la vérité locale et climatérique de ces petites scènes de genre[49].

«Je n'ai pas ici, dit alors Ruskin, à étudier l'art de ces bas-reliefs. Ils n'ont jamais dû servir autrement que comme guides pour la pensée. Et si le lecteur veut simplement se laisser conduire ainsi, il sera libre de se créer à lui-même de plus beaux tableaux dans son cœur; et en tous cas, il pourra entendre les vérités suivantes qu'affirme leur ensemble.

«D'abord, à travers ce Sermon sur la Montagne d'Amiens, le Christ n'est jamais représenté comme le Crucifié, n'éveille pas un instant la pensée du Christ mort; mais apparaît comme le Verbe Incarné—comme l'Ami présent—comme le Prince de la Paix sur la terre[50]—comme le Roi Éternel dans le ciel. Ce que sa vie est, ce que ses commandements sont et ce que son jugement sera, voilà ce qui nous est enseigné non pas ce qu'il a fait jadis, ce qu'il a souffert jadis, mais bien ce qu'il fait à présent, et ce qu'il nous ordonne de faire. Telle est la pure, joyeuse et belle leçon que nous donne le christianisme; et la décadence de cette foi, et les corruptions d'une pratique dissolvante peuvent être attribuées à ce que nous nous sommes accoutumés à fixer nos regards sur la mort du Christ, plutôt que sur sa vie, et à substituer la méditation de sa souffrance passée à celle de notre devoir présent[51].

«Puis secondement, quoique le Christ ne porte pas sa croix, les prophètes affligés, les apôtres persécutés, les disciples martyrs, portent les leurs. Car s'il vous est salutaire de vous rappeler ce que votre créateur immortel a fait pour vous, il ne l'est pas moins de vous rappeler ce que des hommes mortels, nos semblables, ont fait aussi. Vous pouvez, à votre gré, renier le Christ, renoncer à lui, mais le martyre, vous pouvez seulement l'oublier; le nier vous ne le pouvez pas. Chaque pierre de cette construction a été cimentée de son sang. Gardant donc ces choses dans votre cœur, tournez-vous maintenant vers la statue centrale du Christ; écoutez son message et comprenez-le. Il tient le livre de la Loi éternelle dans sa main gauche; avec la droite, il bénit, mais bénit sous conditions: «Fais ceci et tu vivras» ou plutôt dans un sens plus strict, plus rigoureux: «Sois ceci et tu vivras»: montrer de la pitié n'est rien, ton âme doit être pleine de pitié; être pur en action n'est rien, tu dois être pur aussi dans ton cœur.

«Et avec cette parole de la loi inabolie:

«Ceci si tu ne le fais pas, ceci si tu ne l'es pas, tu mourras»[52]. Mourir—quelque sens que vous donniez au mot—totalement et irrévocablement.

«L'évangile et sa puissance sont entièrement écrits dans les grandes œuvres des vrais croyants: en Normandie et en Sicile, sur les îlots des rivières de France, aux vallées des rivières d'Angleterre, sur les rochers d'Orvieto, près des sables de l'Arno. Mais l'enseignement qui est à la fois le plus simple et le plus complet, qui parle avec le plus d'autorité à l'esprit actif du Nord est celui qui de l'Europe se dégage des premières pierres d'Amiens.