Et elle élargit ses yeux et entr’ouvrit ses lèvres, comme autrefois, lorsqu’elle ne comprenait point, et qu’elle implorait l’intelligence de celui qu’elle aimait.

—O Monelle, dis-je encore, tous les enfants pleurent dans la maison vide; et les jouets se couvrent de poussière, et la petite lampe s’est éteinte, et tous les rires qui étaient dans tous les coins se sont enfuis, et le monde est retourné au travail. Mais nous te pensions ailleurs. Nous pensions que tu jouais loin de nous, en un lieu où nous ne pouvons parvenir. Et voici que tu dors, nichée comme un petit animal sauvage, au-dessous de la neige que tu aimais pour sa blancheur.

Alors elle parla, et sa voix était la même, chose étrange, en ce lieu obscur, et je ne pus m’empêcher de pleurer, et elle essuya mes larmes avec ses cheveux, car elle était très dénuée.

—O mon chéri, dit-elle, il ne faut point pleurer; car tu as besoin de tes yeux pour travailler, tant qu’on vivra en travaillant, et les temps ne sont pas venus. Et il ne faut pas rester en ce lieu froid et obscur.

Et je sanglotai alors et lui dis:

—O Monelle, mais tu craignais les ténèbres?

—Je ne les crains plus, dit-elle.

—O Monelle, mais tu avais peur du froid comme de la main d’un mort?

—Je n’ai plus peur du froid, dit-elle.

—Et tu es toute seule ici, toute seule, étant enfant, et tu pleurais quand tu étais seule.