—Je ne suis plus seule, dit-elle; car j’attends.

—O Monelle, qui attends-tu, dormant roulée en ce lieu obscur?

—Je ne sais pas, dit-elle; mais j’attends. Et je suis avec mon attente.

Et je m’aperçus alors que tout son petit visage était tendu vers une grande espérance.

—Il ne faut pas rester ici, dit-elle encore, en ce lieu froid et obscur, mon aimé; retourne vers tes amis.

—Ne veux-tu point me guider et m’enseigner, Monelle, pour que j’aie aussi la patience de ton attente? Je suis si seul!

—O mon aimé, dit-elle, je serais malhabile à t’enseigner comme autrefois, quand j’étais, disais-tu, une petite bête; ce sont des choses que tu trouveras sûrement par longue et laborieuse réflexion, ainsi que je les ai vues tout d’un coup pendant que je dors.

—Es-tu nichée ainsi, Monelle, sans le souvenir de ta vie passée, ou te souviens-tu encore de nous?

—Comment pourrais-je, mon aimé, t’oublier? Car vous êtes dans mon attente, contre laquelle je dors; mais je ne puis expliquer. Tu te rappelles, j’aimais beaucoup la terre, et je déracinais les fleurs pour les replanter; tu te rappelles, je disais souvent: «si j’étais un petit oiseau, tu me mettrais dans ta poche, quand tu partirais.» O mon aimé, je suis ici dans la bonne terre, comme une graine noire, et j’attends d’être petit oiseau.