—O Monelle, tu dors avant de t’envoler très loin de nous.

—Non, mon aimé, je ne sais si je m’envolerai; car je ne sais rien. Mais je suis roulée en ce que j’aimais, et je dors contre mon attente. Et avant de m’endormir, j’étais une petite bête, comme tu disais, car j’étais pareille à un vermisseau nu. Un jour nous avons trouvé ensemble un cocon tout blanc, tout soyeux, et qui n’était percé d’aucun trou. Méchant, tu l’as ouvert, et il était vide. Penses-tu que la petite bête ailée n’en était pas sortie? Mais personne ne peut savoir comment. Et elle avait dormi longtemps. Et avant de dormir elle avait été un petit ver nu; et les petits vers sont aveugles. Figure-toi, mon aimé (ce n’est pas vrai, mais voilà comme je pense souvent) que j’ai tissé mon petit cocon avec ce que j’aimais, la terre, les jouets, les fleurs, les enfants, les petites paroles, et le souvenir de toi, mon aimé; c’est une niche blanche et soyeuse, et elle ne me paraît pas froide ni obscure. Mais elle n’est peut-être pas ainsi pour les autres. Et je sais bien qu’elle ne s’ouvrira point, et qu’elle restera fermée comme le cocon d’autrefois. Mais je n’y serai plus, mon aimé. Car mon attente est de m’en aller, ainsi que la petite bête ailée; personne ne peut savoir comment. Et où je veux aller, je n’en sais rien; mais c’est mon attente. Et les enfants aussi, et toi, mon aimé, et le jour où on ne travaillera plus sur terre sont mon attente. Je suis toujours une petite bête, mon aimé; je ne sais pas mieux expliquer.

—Il faut, il faut, dis-je, que tu sortes avec moi de ce lieu obscur, Monelle; car je sais que tu ne penses pas ces choses; et tu t’es cachée pour pleurer; et puisque je t’ai trouvée enfin toute seule, dormant ici, toute seule, attendant ici, viens avec moi, viens avec moi, hors de ce lieu obscur et étroit.

—Ne reste pas, ô mon aimé, dit Monelle, car tu souffrirais beaucoup; et moi, je ne peux venir, car la maison que je me suis tissée est toute fermée, et ce n’est point ainsi que j’en sortirai.

Alors Monelle mit ses bras autour de mon cou, et son baiser fut pareil, chose étrange, à ceux d’autrefois, et voilà pourquoi je pleurai encore, et elle essuya mes larmes avec ses cheveux.

—Il ne faut pas pleurer, dit-elle, si tu ne veux m’affliger dans mon attente; et peut-être n’attendrai-je pas si longtemps. Ne sois donc plus désolé. Car je te bénis de m’avoir aidée à dormir dans ma petite niche soyeuse dont la meilleure soie blanche est faite de toi, et où je dors maintenant, roulée sur moi-même.

Et comme autrefois, dans son sommeil, Monelle se pelotonna contre l’invisible et me dit: «Je dors, mon aimé.»

Ainsi, je la trouvai; mais comment serai-je sûr de la retrouver dans ce lieu très étroit et obscur?